Un pied dans la tombe, 11 petits bouts d’Amérique sur le vieux continent

Peut-on dire d’un soldat américain ayant participé au Débarquement et n’y ayant pas survécu qu’il est tombé pour la France ?

Quelle que soit la réponse, nombre de combattants venus des États-Unis ne sont pas seulement morts en France. Ils reposent dans ce pays que bien souvent ils ne connaissaient pas.

Alors que la politique des USA pour les conflits suivants allait être de rapatrier systématiquement les corps, les victimes de la Seconde Guerre mondiale (ainsi que ceux de la guerre de 1914-1918) ont leurs cimetières en terre étrangère.

Le choix était en effet laissé aux familles : soit le proche était rapatrié et inhumé dans le caveau familial ou le cimetière de l’Etat d’incorporation, soit dans le pays où il avait trouvé la mort.

À peu près 40% des familles ont préféré laisser leur(s) trépassé(s) reposer en terre étrangère, avec la garantie de l’État américain d’une tombe entretenue soigneusement année après année.

Pour cela, des concessions perpétuelles ont été accordées par la France aux États-Unis en remerciement. Il en a résulté 11 cimetières.

Il existe une institution, l’American Battle Monuments Commission. Créée en 1923, elle est en charge de « l’honneur rendu aux forces armées ». Ses compétences ont été étendues en 1946 à tous les champs de bataille et sites funéraires situés en-dehors des États-Unis.

Un amendement nécessaire au vu des fosses creusées un peu partout en France, à la va-vite et à proximité des grands lieux de bataille.

C’est cette commission qui a déplacé les corps des cimetières temporaires aux cimetières définitifs, elle qui a décidé de l’architecture, elle encore sur qui repose le devoir de ne pas laisser les tombes à l’abandon.

Le Brittany American Cemetery and Memorial situé près de la ville de Saint-James a vu par exemple ses premières sépultures apparaître en août 1944, juste après la campagne de libération de la Bretagne.

4410 soldats y sont enterrés, chacun sous une croix blanche arborant le nom du défunt, son régiment et la date de sa mort. Pas d’épitaphe particulière. Pour en trouver, il faut diriger ses pas vers la chapelle romane située à une extrémité du terrain, qui arbore en sus de ces inscriptions, des vitraux glorifiant les Etats-Unis avec la représentation de symboles comme l’aigle.

Sur le mur de soutènement du bâtiment, les noms de 498 disparus.

Cette disposition architecturale est quasiment commune à tous les cimetières militaires américains en France.

En tout, c’est près de 93000 soldats morts durant la Seconde Guerre mondiale qui sont enterrés à l’étranger, pour la majeure partie, sur le sol français.

Le patriotisme américain a beau être exploité au maximum dans ces lieux, avec force monuments, statues, rappels de la gloire du pays, techniquement, les terrains appartiennent toujours à la France. En effet, une concession perpétuelle donne droit au bénéficiaire d’exploiter le terrain sans limitation dans le temps mais pas de le posséder. Et finalement, c’est la terre française qui abrite ceux qui ont contribué à la délivrer.

Sarah Rozenbaum