À la conquête des sommets

Trois mois de voyage et 5 000 kilomètres à parcourir en vélo. C’est le défi que Cyril Faure s’est lancé pour rejoindre la Russie. Ce jeune skieur de 24 ans est parti à la conquête de l’Elbrouz, le plus haut sommet d’Europe (5 642 m) situé dans le nord du Caucase, pour le redescendre en ski après son ascension. L’aventure a commencé le 10 janvier dernier, au départ de la Tour de Crest dans le département de la Drôme. Et c’est depuis la Bulgarie qu’il revient sur son voyage à l’autre bout du monde, au-delà des frontières.

Au bout du fil, le téléphone grésille et le réseau est instable, mais l’agitation et le bruit des conversations autour donnent l’impression que l’on se trouve avec Cyril dans le café de Sofia, la capitale bulgare, où il fait escale. Après avoir parcouru 2 500 kilomètres et déjà traversé quatre pays – l’Italie, la Slovénie, la Croatie et la Serbie – son arrivée en Bulgarie marque la moitié du trajet. Voyager à travers ces différents pays comporte son lot de surprises, de découvertes, de ressemblances et de différences à mesure que l’on s’approche de l’est. Partir seul à l’aventure en vélo et skier les plus hauts sommets pourrait être effrayant. Pourtant selon l’aventurier, un tel voyage ne demande pas tellement de courage, mais « plutôt de la passion et de l’envie ».

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Cyril arpente les routes à vélo jusqu’en Russie, accompagné de ses skis.

Un itinéraire calculé dans les moindres détails

Il faut dire qu’un itinéraire comme le sien ne se décide pas sur un coup de tête, encore moins quand la Russie est la destination. Cette dernière étape est également celle qui lui a demandé le plus de préparation. Si son passeport français est suffisant pour passer les frontières européennes, serbes, turques et géorgiennes, les démarches deviennent plus complexes quand il s’agit d’entrer sur le territoire russe. « La demande de visa doit se faire dans les trois mois qui précédent la date d’arrivée dans le pays », explique Cyril. Mais pour atteindre la Russie, le voyage à vélo nécessite autant de temps, voire un peu plus. Il a donc fallu demander une dérogation afin d’effectuer toutes les démarches administratives avant le grand départ. Mais partir à l’aventure, c’est aussi savoir s’adapter, et ce n’est pas la seule ruse qu’il a dû employer pour contourner les règles assez strictes et obtenir le précieux sésame. Pour les demandes de séjour durant plus de quinze jours, un programme détaillé de son parcours et les documents qui en attestent sont demandés, comme les reçus des hôtels par exemple. Si vous espériez passer incognito en Russie, c’est plutôt mal parti. « Ma solution a été de passer par une agence spécialisée dans l’obtention de visa, ils se sont débrouillés pour fournir tout ce qu’il fallait. Officiellement je vais passer un mois à Moscou, donc aucun problème pour rentrer et sortir du pays, mais il faudrait éviter les contrôles internes », explique Cyril.
Ce document est non seulement indispensable, mais il rythme également le voyage du skieur jusqu’à l’Elbrouz : « J’ai un timing à respecter parce que mon visa est valable du 11 avril au 9 mai. Je vais tout faire pour arriver là-bas à cette date, ou dans les jours qui suivent en tout cas, quitte à prendre le train si je suis en retard », ajoute-t-il.

Voyager à vélo demande en effet du temps. Et les conditions météorologiques peuvent parfois rendre son parcours difficile, entre les rafales de vent à 70 km/h ou la neige qui bloque le passage. Lorsqu’il est impossible de se déplacer en vélo, pour traverser le Danube par exemple, Cyril utilise des moyens de transports écologiques comme le bus. Si le but de cette expédition reste de gravir et skier l’Elbrouz, minimiser l’impact environnemental du trajet et réduire au maximum son empreinte carbone est tout aussi important pour le sportif. Ce n’est peut-être pas la façon de voyager la plus confortable ni la plus facile, mais « il faut faire attention à l’impact écologique, c’est pour ça que j’ai choisi le vélo. Je pense que cela a une grande importance actuellement », explique-t-il. Mais il en faut plus pour décourager le skieur, habitué à la montagne et aux randonnées : « Je n’ai absolument pas de regrets. Il y a juste eu une journée avec un vent vraiment infernal, mais je n’ai jamais eu envie d’abandonner. Je me dis que c’est une chance de faire ce voyage ».

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Une traversée du Danube plutôt agitée à cause du vent.

D’une frontière à l’autre : des histoires et des paysages différents

Au fil des kilomètres et des frontières, Cyril a fait l’expérience du dépaysement. Si les différences n’étaient pas flagrantes entre l’Italie et la Slovénie – hormis le budget nécessaire pour vivre qui diminue à mesure qu’il s’approche de l’est – la Croatie a été le premier pays marquant un véritable changement dans son parcours. « On sent que le pays n’est pas encore au niveau de ses voisins de l’ouest, avec même par endroit encore des séquelles de la guerre », explique-t-il. Une guerre qui est encore récente, puisqu’elle a eu lieu entre 1990 et 1995, et qui a profondément marqué les paysages croates tout comme l’esprit de ses habitants. Le décor est différent : des maisons en ruines, des impacts de balles encore visibles ou une église bombardée. Autant de souvenirs qui ont marqué le sportif durant son trajet. « Les gens que j’ai rencontrés sont encore très sensibles par rapport à ça. J’ai essayé de discuter de cette guerre avec la première personne qui m’a invité afin de combler mes lacunes sur l’histoire locale, mais il n’a pas voulu en parler et il avait les larmes aux yeux d’avoir juste évoqué ces temps douloureux », raconte Cyril.
Mais selon lui, le passage de la Croatie à la Serbie a été le plus impressionnant, avec un changement plutôt brusque : « A peine passé la frontière, j’ai aperçu une montagne de déchets brûlant doucement avec des personnes fouillant au milieu de ces détritus, des chiens errants et une route en très mauvais état… ». Et cette première impression s’est confirmée tout au long de sa traversée à vélo. Autour de lui, le paysage se compose de nombreuses décharges sauvages où s’empilent des tas d’ordures jusqu’aux cadavres d’animaux, de routes laissées à l’abandon et beaucoup de chiens errants certainement attirés par les poubelles.
Pourtant, malgré le décor inhospitalier et l’impression de pauvreté qui s’en dégage, Cyril est accueilli chaleureusement. « J’ai eu l’impression que la générosité des gens est inversement proportionnelle au développement du pays : avant la Croatie, personne ne m’a proposé de venir boire un verre chez lui… Même si j’ai également rencontré des personnes super dans les pays précédents », explique-t-il. Il se souvient notamment d’un jeune couple vivant avec leurs deux enfants dans une maison perdue dans les montagnes de Bulgarie : « Je devais rejoindre un refuge à vélo et je galérais à cause de la neige. J’ai croisé un homme dans un 4×4 qui m’a invité à venir dormir dans un camping-car à côté de chez lui. Comme il construisait une nouvelle maison en bois et en paille je l’ai aidé, et finalement je suis resté deux jours là-bas, c’était super ! ».

Tutoyer les plus hauts sommets des sept continents

Prochaines étapes du périple : la Turquie puis la Géorgie avant de rejoindre la Russie au mois d’avril. Et bien d’autres frontières attendent encore Cyril. Gravir et skier l’Elbrouz est le deuxième objectif dans la liste des « 7 Summits » : un classement des montagnes les plus élevées des sept continents. Skier depuis ces sommets représente un défi de l’alpinisme – le challenge idéal pour ce passionné de montagne. Cette liste avait été élaborée dans les années 1980 par Richard Bass, un alpiniste amateur. Mais une seconde a été proposée par Reinhold Messner, souvent considéré comme l’un des meilleurs alpinistes, remplaçant le mont Kosciuszko par le Puncak Jaya, pour le plus haut sommet d’Océanie. C’est donc huit montagnes que Cyril souhaite skier d’ici à 2018, pour venir à bout des deux listes. Après avoir gravi L’Aconcagua (6 962 m) en Argentine au mois de février 2015, son voyage autour du monde l’emmènera ensuite en Alaska, en Australie, en Tanzanie, en Asie, en Antarctique et en Nouvelle-Guinée. Autant de cultures, de paysages et de frontières qu’il reste encore à découvrir.

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Au sommet du mont Musala (2 925 m) en Bulgarie.

Pour suivre les aventures de Cyril Faure et son ascension du mont Elbrouz, rendez-vous sur sa page Facebook !

Marie-Hélène Gallay
Photos : Cyril Faure

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