Aurélien Véron : L’homme qui veut « uberiser » la France

Fondé en 2008, le Parti Libéral Démocrate défend une vision libérale de la société et de l’économie. Favorable au mariage pour tous et à l’accueil des réfugiés, il s’oppose à l’impôt sur la fortune et défend la liberté d’entreprendre. Ni à droite, ni à gauche, un temps affilié à l’UDI, le parti est désormais en roue libre. Son patron, Aurélien Véron, compte bien faire de son mouvement un Ciudadanos à la française. Rencontre.

« Dans un train, l’homme de droite regarde le chauffeur. Il s’assure qu’il peut amener tout le monde à destination. L’homme de gauche s’occupe du dernier wagon. Il ne doit décrocher sous aucun prétexte. Le libéral, lui, ne regarde pas le train. Il préfère la route. Chaque conducteur y suit son chemin librement, en fonction de ses choix et de ses opportunités ».

Aurélien Véron assume le mot. Il est libéral. Il défend les patrons et les VTC. Il milite contre l’Etat d’Urgence et la Sécurité Sociale. Il veut la fin du Code du travail, et rêve des lendemains qui chantent des startupers de la Silicon Valley.

« Aux Urnes citoyens »

Depuis 2008, il dirige le Parti Libéral Démocrate, un mouvement d’un millier d’adhérents, qu’il a lui même fondé. Il s’est présenté devant les électeurs lors des régionales de décembre 2015. Pour l’occasion, il s’est associé à d’autres micro-partis, sous l’étiquette « Aux Urnes Citoyens ».

En Île-de-France, la liste d’Aurélien Véron a finalement obtenu 0,76% des votes exprimés. Un mauvais résultat qu’il prend avec philosophie.

« Le score ne reflète pas du tout un manque d’envie de libéralisme : le mot est de moins en moins tabou, de plus en plus de gens assument le fait d’être libéral, et le vent souffle aujourd’hui en notre faveur ».

Son but : suivre l’exemple du parti espagnol de centre-droit Ciudadanos, qui est passé, en quelques années, du statut de mouvement citoyen à celui de parti majeur dans son pays.

Les débuts : des contre-manifestations libérales

C’est en 2003 que le virus de la politique l’a pris. « Avant cette époque, je m’en foutais un peu» explique-t-il. Un événement va tout changer. A l’époque, la France connaît un vaste mouvement de grève contre la réforme des retraites de François Fillon. Elle prévoit notamment d’allonger la durée de cotisation et la mise en place d’un système de retraites par répartition.

La mobilisation le choque. Pour lui, « ces réformes étaient absolument nécessaires». Il décide alors de manifester lui aussi, mais contre le mouvement. Il marche pour soutenir le projet de loi, en compagnie de militants libéraux. Le 15 juin 2003, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent rue de Rivoli contre les syndicats, à l’appel de l’association « Liberté Chérie ».

Dès lors, il organise régulièrement des contre-manifestations, avec des membres de l’association. Il devient rapidement président du mouvement. Son but : « dénoncer les blocages de la France ».

Finalement, il crée son parti, en 2008. La première université d’été a lieu en Bourgogne. Elle rassemble une centaine de membres fondateurs du mouvement. Dès lors, il part en croisade contre un Etat qu’il juge omniprésent et innefficace.

« L’Etat touche à tout, pourtant, il s’est éloigné de son vrai rôle : protéger nos libertés, nos biens et nos droits. Mais nous sommes à la fin de cette période. Les Français contournent les institutions, avec les startups, le numérique, les VTC. Ils font voler en éclat les corporations qui emmerdaient tout le monde depuis 30 ans ».

Avec l’UDI, un partenariat qui a viré au flop

Après quelques années, le parti s’associe à l’UDI, en 2013. L’idylle ne dure qu’un an. A la suite de mésententes, le Parti Libéral Démocrate reprend son indépendance. Aurélien Véron explique pourquoi :

« L’UDI est un parti de professionnels de la politique, qui ne pensent qu’à une chose : être élus. Il n’y a aucun projet politique derrière. Il n’y a aucune indépendance. Dès les municipales, ils se sont couchés devant l’UMP. De toute façon, dans le système politique français, pour être élu, il faut négocier avec le dominant, ce qui écrase les nouvelles têtes et les nouvelles idées ».

En 2014, les élections municipales donnent au parti Libéral Démocrate une cinquantaine d’élus, donc trois maires. Un relatif succès, qui n’efface pas le goût amer que lui a laissé l’expérience UDI. « La classe politique est une corporation comme les autres, complètement verrouillée», déplore-t-il.

Macron, Fillon, et Mariton

Malgré tout, quelques hommes politiques trouvent grâce à ses yeux. A droite, il salue le virement libéral du candidat aux primaires LR, François Fillon, dans son livre « Faire », sorti en septembre 2015.

« Fillon est devenu libéral avec le temps, c’est la voix de la sagesse, même si c’est Hervé Mariton qui représente mieux nos idées chez Les Républicains ». A gauche, Aurélien Véron ne tarit pas d’éloge envers Emmanuel Macron, le ministre de l’économie :

« Macron, c’est quelqu’un d’intimement libéral, avec une vision de l’économie très cohérente. Il a un gros potentiel, mais ne peut pas aller au bout de ses idées. Le gouvernement se sert de lui pour attirer les centristes, mais il n’a aucune marge de manoeuvre. Le virage libéral de l’exécutif, c’est une posture. »

Pour Aurélien Véron, le sens de l’histoire, c’est le libéralisme. D’ailleurs il se réjouit de « l’uberisation » de l’économie.

L’« uberisation » comme horizon

L’« uberisation », c’est le phénomène qui consiste à la mise en contact d’un client avec un professionnel, souvent auto-entrepreneur, grâce aux nouvelles technologies, en contournant les intermédiaires préexistants.  Le terme vient de l’entreprise de VTC Uber.

Elle a lieu dans de plus en plus de secteurs, des taxis à l’hôtellerie, en passant par le conseil juridique. Ces nouvelles entreprises contournent les monopoles dont jouissaient les acteurs présents sur le marché. Elles ne respectent pas les mêmes réglementations qu’eux. D’où la colère des taxis, ou des hôteliers, face à ce phénomène. Aurélien Véron, lui, se réjouit de cette mutation du marché :

« Pour moi, l’«uberisation», c’est l’avenir. Ca répond à des besoins qu’on avait depuis longtemps, mais que des monopoles ne traitaient pas. Ca permet aussi une meilleure égalité des chances. En France, encore aujourd’hui, c’est plus dur de trouver un boulot pour les jeunes qui sont d’origine étrangère. Avec l’uberisation, ils deviennent auto-entrepreneurs. Ils ne cherchent plus d’employeurs, mais des clients, ce qui est beaucoup plus facile pour eux ».

La liberalisme et le revenu de base

Plus de liberté, c’est plus d’égalité ? Aurélien Véron en est certain. « Il n’y a pas plus social que le libéralisme. Il s’interesse aux plus faibles, non pas en les protégeant contre eux-mêmes mais en les libérant du carcan qui les empêche de devenir moins fragiles ».

D’ailleurs, en matière sociale, le Parti Libéral Démocrate défend une idée qu’on retrouve dans certains programmes de la gauche radicale : l’instauration d’un revenu minimum universel, versés à chaque citoyen de sa naissance jusqu’à sa mort.

Un manque de cohérence ? Il le réfute : « Le revenu de base pourrait remplacer toutes les prestations sociales, on gagnerait en lisibilité et on pourrait enfin comprendre quelque chose au système social français ». Parfois à gauche, parfois à droite, le libéralisme est inclassable. Mais alors comment définir cette idéologie ? Aurélien Véron explique :

« Le libéralisme, c’est considérer que l’individu est un être libre et responsable. Il sait mieux que les autres ce qui est bon pour lui. Il peut donc faire ses propres choix. Il est responsable de ses choix. Mais il est aussi social. L’individu échange pour s’enrichir, culturellement et économiquement. Il faut donc une liberté totale d’échange, pas de frontière entre les idées, les capitaux et les humains. Le libéralisme s’attaque à tous les corporatismes et les monopoles. »

Les français moyennement convaincus

Les français sont ils prêts à voter pour un parti libéral, comme le pense Aurélien Véron ? Rien n’est moins sûr. Dans une étude IFOP pour l’Opinion/Génération libre/ITélé, parue en mai 2015, on apprend qu’une majorité de français (58%) veut que l’Etat intervienne plus dans l’économie.

81% des français pensent que la santé doit être assurée par le secteur public. De même, la gestion de l’eau et des transports en commun doit rester publique selon une majorité d’entre eux.

Aurélien Véron n’a pourtant pas dit son dernier mot. Il espère gagner la batailles des idées. « Il faut arrêter d’emmerder les français » conclue-t-il, en finissant son jus de tomate.

@floriancazeres