Le Cheval Blanc : la dernière guinguette de Lille

Lille, « capitale des Flandres »,  chef lieu des Hauts-de-France et capitale européenne de la culture… A une vingtaine de minutes de la Grand place, le quartier populaire de Wazemmes a conservé les airs de l’ancien village qu’il était.

Au cœur du quartier-village, à quelques mètres d’une ancienne friche textile, le bar du Cheval Blanc est devenu le lieu emblématique du folklore lillois. Immersion dans le tourbillon wazemmois.

Bienvenue Au Cheval Blanc 

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Sur le bar, une tasse de café et un verre de bière. Dimanche matin, 10h30, à Wazemmes. Les habitués du Cheval Blanc discutent calmement, ils se saluent tous en entrant dans ce café emblématique du quartier. « Il faut que vous veniez vers 16h, c’est la folie ici! », conseille Thierry De Kydtspotter, propriétaire d’un appartement juste au dessus du café. « C’est la dernière guinguette de Lille », affirme Romain Quéher, qui a toujours habité Wazemmes. « Le dimanche, il n’y a pas mieux! On croise le petit fumeur de joint comme le médecin. Tous les milieux se mélangent », ajoute Thierry.

A quelques mètres, des badauds attirés par les cris d’une manifestation encombrent l’entrée de la rue des Sarrazins. Derrière une banderole, un petit groupe revendique la régularisation des sans-papiers. Autour d’eux, sur la place du marché, à Wazemmes, les vendeurs de légumes se mélangent aux vendeurs de chaussures et les traiteurs chinois côtoient les barquettes de lasagnes italiennes.

Le Cheval Blanc, un bar de quartier 

Au Cheval Blanc, on vient boire un verre de vin blanc après le marché. Depuis une vingtaine d’années, Monique, la patronne de ce bar de quartier assure le service le dimanche accompagnée de sa mère, Claudine, de sa soeur Josette, et de son frère. De 10h à 20, le Cheval Blanc tourne à fond.

Au menu du déjeuner ce dimanche 20 mars, couscous de poisson. Peu avant midi, les joues poudrées et les yeux maquillés,  Monique a quitté son pyjama pour saluer les clients. Cette femme haute en couleur est la figure de la vie festive lilloise.

Dans le quartier, la patronne du Cheval Blanc a constitué une grande famille. « C’est notre maman à tous » raconte Caroline, gérante du bar voisin, le Baratabas. Une matrone comme on se l’imagine, aimante mais intransigeante.

Monique en tête d’affiche du Bal du Cheval Blanc

Le jour où le cheval Blanc est devenu “la dernière guinguette de Lille”

Mais depuis 4 ans, la clientèle s’est “drôlement rajeunie”. Date à laquelle Philippe Mouton fonde  “les Zazous” avec son frère Jean-Yves et un ami Mohammed Belaïche. Parfois rejoint par un accordéoniste, le groupe de musique décide de revisiter le répertoire de chansons françaises et internationale. Une recette gagnante puisque les Zazous et le Cheval Blanc se sont exportés dans les plus grandes salles de Lille. L’année dernière, ils étaient 2000 a être venu danser. »Vous imaginez la clientèle que ça représente pour un bistrot comme ça.” s’exclame-t-il. “Dommage que le bistrot ne soit pas plus grand”.
En plus du bar d’habitués qu’il a toujours été, le Cheval Blanc est devenu une référence. Alors que le chanteur des Zazous gare la camionnette du groupe, un murmure d’approbation parcourt les quelques clients matinaux.


Simon, Henry et Michael ont entre 24 et 25 ans. Amis de longue date, ils viennent manger le dimanche au Cheval Blanc puis danser sur le son des Zazous. L’année dernière, le bal du Cheval blanc où le groupe jouait a rassemblé plus de 2000 personnes dans une des plus grandes salles de Lille. “A la table derrière les trois amis, Thierry, le voisin du dessus, a retrouvé sa compagne Corinne. “C’est la mascotte du Cheval Blanc, elle danse avec tous les petits jeunes” annonce-t-il fièrement. “C’est ma cour de récréation” explique-t-elle. Les cheveux cours, les yeux maquillés elle sirote une limonade avant de passer à la caipirinha.

 

« Le tourbillon »

L’après-midi avance et pendant que les commerçants ont déjà rangé leurs étales depuis plusieurs heures et la tranquillité du matin s’est évanouie dans les vapeurs d’alcool. Les vitres devenues opaques à cause de la chaleur confinent ce petit monde dans un autre espace temps.


Corinne est partie danser avec Michael, le jeune de la table d’à côté, rejoints peu à peu par une foule indéfinissable. Un vieux monsieur, surnommé “le petit Louis” perfecto et allure de motard fait le tour de ses connaissances. Dans quelques instants, il sait qu’on lui chantera “Le mauvais garçon de Wazemmes”, un air que les zazous ont créé pour lui.

Non loin, des jeunes filles discutent une bière fermement tenue entre leurs doigts fins. “Les BCBG” selon Corinne qui est venue récupérer des forces sur une chaise. Un jeune homme discute en allemand avec sa petite-amie en Erasmus à Lille. Ils sont venus grâce au bouche à oreille. Vers 17h, à l’image de ce qu’avait prédit Thierry, voisin du dessus, le matin même, la foule est tellement compacte qu’on ne voit plus le sol carrelé du bistrot.

« La liberté »

Il est difficile de s’entendre mais une femme aux cheveux noirs chuchote:”Mon fils est parti défendre son pays au Tchad ce matin. Il m’a dit de venir faire la fête ici.” Brigitte est venue avec son chien Pinche, elle s’amuse à laisser des traces de rouge à lèvre sur les joues de ses amis. “Ici on peut sourire. Dans les autres bar, si les femmes sourient, on pense qu’elle veulent draguer” explique-t-elle.

Pinche

Une photo publiée par Emma (@malunado) le 20 Mars 2016 à 8h15 PDT

Fofana Seydou, lui, profite d’une pause pour donner son point de vue. Il vient au Cheval Blanc depuis cinq ans. “Il y a beaucoup d’européens dans le bar, mais on s’y sent accepté parce qu’on a tous quelque chose à partager autour de la danse”. Mais la pause est de courte durée et l’hymne des Zazous résonne dans toutes les bouches au rythme du djembé de “Momo”. En plein dimanche après-midi, le Cheval Blanc exulte. 

Emma Donada et Winny Claret.