« In liberty they trust »

Peu nombreux en France, les libertariens occupent une réelle place sur l’échiquier politique américain. Ils constituent une force politique disparate autour de laquelle l’élection pourrait bien se jouer en cas de duel serré entre républicains et démocrates.

Le 3 février, au lendemain des résultats du caucus républicain de l’Iowa, Rand Paul a annoncé qu’il se retirait de la course à la présidence. Avec lui, c’est l’opportunité de voir la Maison Blanche occupée par un locataire d’inspiration libertarienne qui s’éloigne.

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Ronnie Paul et le sénateur du Kentucky Rand Paul Kentucky débattant en 2013 à la Conférence de la liberté dans l’action politique (LPAC) à Chantilly en Virginie, aux Etats-Unis. Crédit : Gage Skidmore / Flickr Creative Commons Please attribute to Gage Skidmore if used elsewhere.

Le score modeste mais tout de même significatif obtenu par Rand Paul (4%) témoigne de l’importance assez unique que revêtent les idées libertariennes aux États-Unis. Si Rand Paul ne se définit pas réellement comme libertarien (le terme qu’il emploie, « libertarianish », est un doux euphémisme), il est tout de même affilié à ce courant de pensée. Par le biais de son père notamment, Ron Paul, qui a été le candidat présenté par le Parti Libertarien américain aux élections présidentielles de 1988.

Car oui, il existe un parti libertarien aux États-Unis. Un parti assez important, qui plus est puisqu’il s’est classé troisième de l’élection présidentielle de 2012. Alors certes, le bipartisme et la structure de la vie politique américaine font du statut de troisième parti une médaille en chocolat. Mais tout de même, ces différents éléments témoignent d’une importance de la doctrine libertarienne aux États-Unis, une importance sans équivalent.

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« On peut aimer son pays sans aimer son gouvernement » – Flickr Creative Commons

Il convient par ailleurs de rappeler qu’avant la tornade médiatique suscitée par l’irruption de Donald Trump et des autres conservateurs sur la scène médiatique, les idées libertariennes ont exercé une forte attractivité sur l’électorat américain puisqu’en mars 2014, Rand Paul était estimé à 31% des voix.

Des libertariens ?

Il existe des sympathisants libertariens dans les deux grands partis. Mais force est de constater que la majorité d’entre eux ont préféré s’allier au camp républicain, comme Rand Paul qui appartient à l’aile droite des républicains. Et cette affiliation soulève justement certaines questions : qui sont vraiment les libertariens américains ?

Sont-ils des idéalistes de la liberté, ou bien des populistes de droite pactisant avec les ultraconservateurs rétrogrades tels que Sarah Pallin ? La réponse est bien évidemment… complexe.

Plus qu’un mouvement libertarien, il existe des libertariens car les personnes qui se réclament de cette philosophie sont diverses. Bigarrées même, puisqu’on peut trouver parmi les rangs disparates des sympathisants libertariens James Hetfield, chanteur du groupe Metallica, mais aussi Angelina Jolie et Clint Eastwood.

Le socle commun de cette mouvance est bien sûr la volonté de mettre au centre de la doctrine politique l’idée de liberté, mais surtout de liberté économique. Les libertariens se retrouvent à peu près tous autour de la volonté de cantonner l’état à de simples fonctions régaliennes (police, monnaie, etc). Être libertarien, c’est donc militer pour un libéralisme économique extrême et un Etat le plus faible possible.

Mais la situation se corse dès lors que l’on aborde le thème de la liberté sociale.

Liberté du marché mais aussi de la société

Certains libertariens, souvent les plus militants, ont choisi de mener une quête de liberté tout aussi effrénée dans le domaine social que dans le domaine économique. Ils réclament le libre port d’armes mais aussi le mariage gay et la libre consommation des drogues. Ces deux dernières demandes, d’habitude associées à la gauche, ne les empêchent pas de se tourner régulièrement vers le parti Républicain lorsqu’ils entrent dans l’aventure politique.

Que peut bien pousser ces libertariens progressistes à se rallier aux conservateurs ? La raison principale tient à l’histoire américaine. En effet, s’ils sont en désaccord avec les conservateurs sur de nombreuses questions sociales, les libertariens progressistes les rejoignent cependant sur la promotion de l’héritage de l’Indépendance. Si tout ce monde parvient à cohabiter au sein du parti, c’est aussi grâce à une convergence de vues sur l’héritage de la Révolution américaine.

Là où les libertariens et les conservateurs se retrouvent, c’est dans leur souci de préserver leur liberté individuelle face à un Etat central envahissant sur le plan économique et social.

C’est vraisemblablement ce pourquoi la référence historique du « Tea Party » (allusion aux habitants de Boston qui jetèrent par dessus bord une cargaison de thé venue de la métropole anglaise pour protester contre les taxes abusives) peut convaincre conservateurs et libertariens progressistes de se masser sous la même bannière, malgré toutes leurs divergences.

« Libertariens conservateurs »

L’autre raison de l’adhésion majoritaire des sympathisants libertariens au parti Républicain est l’existence d’une vision de la doctrine libertarienne, celle des « libertariens conservateurs » parmi lesquels Rand Paul se classe mais surtout certains théoriciens plus extrêmes tels que Charles Murray.

Pour cette frange de la mouvance libertarienne, la liberté économique doit s’accompagner non pas de liberté sociale mais de conservatisme.

La plupart d’entre eux sont donc hostiles au mariage gay et surtout à l’avortement. Selon eux, le rôle de l’Etat est d’assurer la liberté du marché et pas de légitimer des pratiques sociales qu’ils jugent marginales et indignes.

« C’est en s’assurant de la bonne santé des institutions occidentales traditionnelles que constituent la famille, la religion et le libre-échange que les libertariens pourront mener de manière efficace leur combat contre l’Etat » renchérissait Christian Robaille, libertarien conservateur canadien.

Il subsiste cependant un point important qui distingue ces libertariens conservateurs des Républicains : la politique extérieure. Car là où les républicains approuvent le rôle de gendarme du monde joué par les États-Unis, la liberté fondamentale de propriété (valable aussi à échelle nationale) incite les libertariens à protester contre l’interventionnisme américain, comme Rand Paul qui a qualifié d’ « erreurs fondamentales » les guerres entreprises par Georges W.Bush.

Un rôle de bascule ?

Le positionnement des libertariens sur l’échiquier politique américain est complexe. Ils penchent vers la droite et le Tea Party pour des raisons de doctrine économique, mais se distinguent souvent de leurs alliés sur les questions sociales et internationales, et sur le cas particulier de l’espionnage des citoyens américains par la NSA.

Largement encouragé par les républicains, il constitue pour tous les libertariens une atteinte intolérable aux libertés individuelles.

Bien malin celui qui pourra imaginer quel camp vont adopter les républicains aux prochaines élections. Il semble difficile de les voir rallier les bataillons de Donald Trump ou de Ted Cruz qui martelait lors du grand débat républicain : « le monde est en meilleur état quand l’Amérique en est le gendarme ».

Difficile aussi de les voir se ranger du côté d’Hilary Clinton ou de Bernier Sanders, eux qui sont si hostiles aux politiques sociales et à l’intervention de l’état sur le marché.

Aucun des principaux candidats ne semble donc à l’heure actuelle capable de séduire l’électorat libertarien. Pourtant, depuis 2011, près de 10% des américains affirment partager les vues des libertariens. Une élection présidentielle se joue souvent à moins que cela. A méditer pour les deux candidats qui s’affronteront.

Arthur Delacquis

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