Je suis pansexuel(le)

« Genre : ensemble d’être ou de choses ayant des caractères communs. » selon le dictionnaire français. On distingue communément pour les personnes physiques deux genres, le genre féminin et le genre masculin. On pourrait dire que le genre physique féminin se distingue par la possession d’un pubis et d’un utérus et celui masculin par la possession d’un pénis et de testicules. Mais comment cela se passe-t-il quand les genres physiques ne correspondent pas aux genres que l’on ressent ? Ou quand on refuse tous les schémas mentaux associés aux genres ? Une fille serait plus faible physiquement, plus fragile, ne saurait pas bien se garer, devrait savoir cuisiner, etc et j’en passe des plus belles. Aujourd’hui, on reconsidère la théorie binaire du genre pour progressivement appréhender les différents types de sexes et de genres. Certaines personnes ne se définissent plus par un genre masculin ou féminin, ne se reconnaissant pas dans les diktats d’une société où un homme doit aimer les belles voitures et une femme savoir prendre soin de son ménage. Récemment, pour la première fois, le tribunal de Tours a rendu un verdict favorable au sexe neutre. Un homme de 64 ans a été autorisé à faire figurer sur sa carte d’identité à l’emplacement de son genre : sexe neutre. Cette personne est dotée d’un micro pénis et d’un vagin rudimentaire, il cherchait surtout à faire reconnaître le fait de l’ambiguïté de son sexe. Cette liberté de genre touche aussi le domaine de la sexualité. Sans Sucre a décidé d’explorer la pansexualité, la sexualité qui va au-delà des genres à travers le témoignage d’une personne pansexuelle.

Je ne définis pas l’attirance que je peux ressentir pour quelqu’un par son genre.

« Je m’appelle Sarah, j’ai 21 ans et je suis élève dans une école de journalisme parisienne. Je vis seule depuis mes 17 ans et demi, ce qui m’a permis une grande liberté, en général comme dans ma vie sexuelle. J’ai eu pas mal d’expériences dont je parle sans difficulté. Je considère que la sexualité devrait arrêter d’être ce sujet si tabou, dont on parle avec un plaisir coupable. C’est quelque chose d’absolument normal. Longtemps, je ne me suis pas interrogée sur ce que j’étais. J’aimais les garçons et j’aimais les filles. Et puis j’ai eu une copine, vers l’âge de 19 ans, très engagée dans le combat contre les genres. Avec elle, j’ai découvert par exemple ce qu’était un pansexuel. Et puisqu’elle me semblait naturelle j’ai fait mienne cette appellation. Je suis pansexuelle. Cela signifie que je ne définis pas l’attirance que je peux ressentir pour quelqu’un par son genre. Il peut être femme, homme, transsexuel, sans genre défini…c’est différent d’être hétéro ou gay. Les deux catégories se définissent soit par l’attirance pour le sexe opposé soit pour le même sexe. Etre pansexuel c’est ne pas faire entrer le genre dans ce processus d’attirance. Je pense qu’effectivement,  on a un genre de départ induit en grande partie par l’éducation donnée par nos parents et par la société mais que rien n’empêche d’en changer ou de s’en défaire si on le veut. Pour moi, la théorie du genre est colportée par une certaine frange nauséabonde de la religion notamment catholique qui, en affirmant les différences entre hommes et femmes, les établit dans des rôles prédéfinis dont ils ne doivent pas essayer de sortir. C’est par cette théorie du genre que le Vatican a tenté de nier les droits des personnes LGBT il y a quelques années. Évidemment, être pansexuel c’est se vouloir tolérant envers tous les genres (pan signifiant tout en grec ancien) donc oui je conçois et accepte tout à fait que des personnes se considèrent comme neutres ou asexuées. Je suis une femme car ce genre me va bien mais la femme que je veux. Je réfute tous les clichés traditionnels sur la femme, sur sa prétendue faiblesse, sur son besoin d’être protégée par un homme…j’essaie d’être le plus libre possible dans ma tête comme dans mes actions. J’ai encore eu une altercation avec un ami il y a de cela deux semaines, qui me disait trouver « sale » le fait de donner mon corps à qui je veux. Il ne voulait rien dire de méchant par là mais cela montre à quel point certains principes sont fermement ancrés dans les esprits et à quel point on les utilise sans y réfléchir. Parce qu’il est intelligent, il passe au-dessus de ses principes pour être mon ami mais beaucoup ne font pas cet effort. »

Florence Dauly.