L’Alsacien, langue de l’insulte et de la charcuterie

« Davi Schell, ça veut dire pauvre cloche. Et Doddele, c’est couillon. »

Sabine est secrétaire de direction. Tous les mardis soirs, à 17h30, elle donne des cours d’Alsacien au Troquet des Kneckes, un bar sympathique du centre-ville de Strasbourg. L’occasion de boire une bonne bière, de préférence une Fischer, en faisant vivre l’alsacien, une langue régionale de moins en moins utilisée. En France, l’alsacien est la deuxième langue régionale en nombre de locuteurs après l’occitan. On en compte environ 700 000, mais la transmission entre les générations se fait de plus en plus rare et ce dialecte tend à disparaître

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Dans un coin du Troquet des Kneckes

A la table du bar, deux jeunes filles de vingt ans, Clara et Melissa, suivent les cours depuis septembre et veulent faire perdurer cette langue. Devant elles, un tableau présente le thème du jour : les adjectifs comparatifs. Mais pas n’importe lesquels, pendant une heure, il sera question de dich, bled et dumm. Gros, abruti et bête.

Les élèves mettent en pratique : « Ségolène isch disckshnt ». Sègolène, qui n’avait rien demandé, est « la plus grosse. » « En Alsacien, on prononce toutes les lettres », explique Sabine. Même les « sckshnt », il suffit de tout lire très lentement. « Maintenant, on passe à bled, abruti, on essaye de faire des phrases. Là, ça ne devrait pas être difficile de trouver des exemples ! » Tout le monde y passe, les pères, les mères, les soeurs. Personne n’est épargné par l’alsacien.

L’Alsace a son vin blanc, sa langue régionale et sa charcuterie. « La wurscht », la saucisse, est son emblème selon Sabine. « Pour dire qu’il fait mauvais, il faut dire : il fait un temps de cochon. » Pour finir la séance sur une bonne note, le gros mot de jour est élu. On travaille celui de la semaine précédente : Dummi Küeh, vache bête. Le nouveau sera Bluttschedel, crâne d’oeuf.

La langue alsacienne disparaît, mais grâce aux enseignements de Sabine, il restera au moins quelques élèves pour faire perdurer ce dialecte et insulter le monde à la façon de l’Est.

Clara Griot