L’exception culturelle française, dernière trace de puissance

 

 

Tribune. La France n’exerce plus de rôle majeur sur la scène internationale. Perdue dans la foule des pays moyens, elle peine à avoir un poids quelconque dans les débats. Il lui reste pourtant sa culture.

Historique de l’exception culturelle

De la musique, Jack Lang, ancien ministre de la Culture, a dit « comme la République, (elle) est une et indivisible ». Pourtant, le 16 mars, l’Assemblée Nationale a voté l’abaissement du quota obligatoire de chansons francophones à la radio. De 40%, il passe à 35%. Une baisse légère, certes, mais la première brèche dans une institution nationale, mise en place au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

En 1946, la France et les USA signent les accords Blum-Byrnes. En échange d’une aide financière à la reconstruction, la France doit mettre fin au régime d’interdiction des films américains instauré sept années auparavant.

Afin de protéger le cinéma français, les autorités créent le 25 octobre de la même année, le Centre national de la cinématographie (CNC). Celui-ci conforte la protection du cinéma français par une longue suite de décisions.

En 1948, la taxe spéciale additionnelle voit le jour. Prélevée sur chaque ticket, elle alimente aujourd’hui encore un fonds d’aide destiné aux producteurs de films français. Onze ans plus tard, l’« avance sur recettes » était mise en place pour les long-métrages avec l’ambition de soutenir des projets qui n’auraient pas pu voir le jour sans aide publique.

L’entrée en jeu des quotas

En renfort des soutiens financiers, dans les années 90, le Conseil supérieur de l’audiovisuel vote l’instauration de quotas obligeant les radios et les chaînes de télévision à diffuser des productions francophones. Ces quotas entrent en vigueur en 1996.

Jusque-là, l’affaire était restée très française. Mais en 2013, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) ramène le sujet sur la scène internationale. Les Etats-Unis aimeraient que le protectionnisme français cesse et que les quotas disparaissent. La France fait pourtant de l’exclusion des productions audiovisuelles du traité un préambule à toute négociation sur les autres points. Soutenue par treize autres pays européens, elle parvient à ses fins.

Pourquoi, après s’être s’être battue ainsi, la France revient-elle sur 70 ans de politique culturelle ?

Le gouvernement, responsable de l’amendement sur les quotas, se défend d’un retour en arrière. La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, affirme que le dispositif actuel est « ambitieux » mais surtout « non respecté ». Les Républicains s’étranglent, criant à la trahison d’ « un des grands principes fondateurs qui ont permis de protéger l’expression française ».

Où était alors l’opposition lorsque les livres et les œuvres d’art plastiques ont été considérés comme de simples biens, échangeables sans conditions à l’international ?

Une tendance commune à d’autres pays francophones

Par cette vision parcellaire, l’exception culturelle française n’est plus nationale mais cantonnée à quelques domaines,  désormais eux aussi remis en question. Cette décadence s’observe dans d’autres pays, autrefois farouches défenseurs du français et de sa culture.

Le Rwanda a changé, en 2009, la langue de ses écoles pour l’anglais. Plus récemment, le Québec, qui refusait jusque-là le moindre anglicisme, a pris la décision de proposer des formations intensives en anglais à tous les élèves qui le désirent.

Le français est en danger et le parti pris de la France d’affaiblir son modèle culturel apparaît comme une sorte d’auto-sabotage, difficilement compréhensible.

Sarah Rozenbaum