Jean-Claude Pautot, l’art et l’évasion

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Jean-Claude Pautot / ©Victor BERGEON

 

« On a tous un masque dans la vie ». C’est ainsi que le peintre et sculpteur Jean-Claude Pautot aime introduire son œuvre en terre cuite émaillée, sobrement intitulée « Masque ». L’objet représente un visage, sculpté puis brisé avant d’être recollé, pour signifier une vie fracturée qu’il faut reconstruire.

L’histoire de l’artiste commence en 1992. Il est incarcéré à la centrale de Saint-Maur dans l’Indre. « Je venais de perdre mon père et un ami, tué pendant une tentative d’évasion » raconte-t-il. Seul, et affecté par ces récentes pertes, Jean-Claude Pautot trouve refuge dans une salle du pénitencier où il aime s’isoler. Là, est disposé du matériel de peinture. Un jour il s’empare d’un pinceau et transpose tout ce qui lui vient à l’esprit : colère, peine, souffrance sont peintes sur toile sous forme de courbes pigmentées.

Jean-Claude Pautot ne connaît alors rien aux techniques de l’art. Peu importe. Les lignes abstraites et les couleurs criardes de ses œuvres racontent des histoires. Celle de la solitude. La sienne, mais également celle de sa femme quand elle vient lui rendre visite au parloir. Elles racontent la vie carcérale, sa misère et ses surprises parfois heureuses. Elles dénoncent les dérives d’une société individualiste mue par l’enrichissement matériel et l’aliénation des outsiders. Elles déplorent les guerres qui sacrifient des vies déjà incertaines.

Jean-Claude Pautot refuse l’emprisonnement « au début c’était vraiment difficile, avoue-t-il, je ne pensais qu’à m’évader ». Et il parvient à deux reprises à fuir ces murs qui le retiennent, à retrouver sa liberté. A Cologne (Allemagne) il rencontre Petra et construit une vie sous une nouvelle identité, celle d’un hôtelier – restaurateur. Pourtant, après dix ans de cavale, il est démasqué par les forces de l’ordre allemandes. Mais condamné par contumace à la perpétuité par la justice française quelques années avant, il doit rentrer en France pour y être rejugé. Il fait alors le choix douloureux mais libérateur, d’accepter sa peine.

Comment redonner sens à une vie morcelée ? Grâce à l’amour qu’il porte à ses proches et à son obsession pour la liberté. S’évader oui, mais par la création. C’est en peignant, délivré de toute contrainte, qu’il trouvera son compte.

Inconscient de son talent mais lucide sur son travail, Jean-Claude Pautot se définit comme quelqu’un de « lent » dans sa production artistique. Rigueur et minutie le conduisent à peindre avec subtilité. On retrouve dans ses œuvres des symboles récurrents : un masque derrière lequel chacun se cache ; un œil qui rappelle que l’on est observé, jugé ; des chaines qui suggèrent la claustration dont on veut se défaire.

Jean-Claude Pautot ambitionne d’être reconnu pour son art. « Tapez mon nom sur Google, vous y verrez des articles sur le peintre précéder ceux sur le bandit », se plait-il à raconter. Une exposition intitulée « Voyage » dans le centre pénitentiaire de Réau (Seine-et-Marne) en 2013 le fait connaître. Nommé commissaire d’exposition avec neuf codétenus, il choisit des œuvres -prêtées pour l’occasion par des musées français- liées à l’Afrique, qui selon lui est « la mère de tous les arts ». Mais c’est son « Masque », exposé à la demande de ses camarades, qui sera honoré.

« J’ai de la chance, mais je sais surtout la saisir », nuance-t-il. Après deux années de luttes administratives, Jean-Claude Pautot obtient une liberté sous condition qui lui permet de se rendre  à son premier atelier hors les murs. C’est à l’espace « 100 » dans le 12e arrondissement de Paris qu’il a posé son chevalet il y a six mois. « J’ai choisi cet endroit car il est ouvert à tous sans exclusion, explique-t-il, je m’y sens à ma place ».

Jean-Claude Pautot a passé la moitié de sa vie en cabane. Si son bracelet électronique lui rappelle qu’il est toujours captif, son épanouissement artistique n’a pas de frontières et l’emmène au gré des rencontres, vers de nouveaux projets. Une collaboration est en cours avec le dessinateur Laurent Astier et devrait aboutir d’ici à l’automne, à la réalisation de Face au mur, une bande dessinée sur l’univers d’un ancien braqueur multirécidiviste. « Les histoires sont seulement inspirées de mes expériences, précise l’ancien détenu, c’est de la fiction».

Sonia YE


→ Le site de Jean-Claude Pautot

 

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