Sous tous les angles

Ils sont 1850 en France. Pourtant, rares sont ceux qui sauraient définir le métier de géomètre. Pour beaucoup, il s’agit simplement de prendre des mesures. Deux professionnels nivernais remettent en cause cette vision stéréotypée.

« Comment êtes-vous devenu géomètre ?

-J’ai découvert la profession par hasard. »

Jean-Paul R., géomètre-expert à Nevers, participe pour la première fois à un forum d’orientation. D’un air envieux, il regarde les jeunes se presser aux stands des architectes, des gendarmes, des journalistes, et les assaillir de questions sur leur profession. Seuls dix lycéens sur près de huit-cent prendront le temps de s’intéresser à la sienne.

Parmi eux, quatre élèves scolarisées en première, accompagnées d’une adulte avide d’en savoir plus.

« Par hasard ? Eh bien, c’est peut-être ce qui va se passer ce soir ! s’exclame-t-elle en faisant un clin d’oeil aux quatre jeunes filles. Expliquez-nous donc ce que vous faites de vos journées, car nous ne connaissons rien à votre métier. »

Et elles ne sont pas les seules, comme le souligne plus tard le géomètre nivernais, un sourire triste aux lèvres. « Notre métier est méconnu. On nous voit toujours en train de mesurer, mais ce n’en est que la finalité. Les gens sont en général assez surpris de découvrir qu’il y a tout un aspect technique et juridique à prendre en compte. » Cependant la principale mission du géomètre-expert reste la délimitation foncière. « Cela s’appelle le bornage. Au regard de la loi, nous sommes les seuls à pouvoir établir les limites entre les propriétés. Mais notre métier appelle également des compétences d’ordre psychologique. Nous devons gérer les conflits entre les propriétaires. Il est très important d’aller sur les lieux, d’observer, d’écouter. Dans le fond, nous sommes des médiateurs. »

Mardi de l'emploi : géomètres
Jean R., géomètre-expert à Nevers

Un métier de contacts

Tout d’abord attiré par l’ébénisterie, Jean-Paul R. ne se destine pas à être géomètre. Il décide finalement de passer les concours.et obtient son diplôme en 1985. Un an plus tard, il s’installe à Nevers. En 2011, il s’associe à Jean R., un jeune homme à la recherche d’un emploi. « J’en suis vite venu à lui faire confiance. Comme on dit, le feeling est passé ! », s’amuse-t-il.

Jean R. a lui aussi découvert la profession par hasard. « J’ai commencé par des études de biologie. A l’époque j’avais besoin d’un job. J’avais une vingtaine d’années. Il se trouve qu’un ami qui travaillait à Nevers quittait justement sa place d’opérateur-géomètre. Il m’a proposé de le remplacer. J’ai dû reprendre mes études à zéro ».

Si Jean R., 32 ans, a déjà fait ses preuves, il a encore beaucoup à apprendre de son maître. « C’est un métier d’expérience, pour lequel on devient bon en vieillissant. Il faut savoir être crédible, oser s’imposer face aux gens qui sont en conflit. »

Négligé, le métier n’en est pas moins ouvert et dynamique. « C’est une profession de contacts, explique Jean-Paul R. Si vous saviez la diversité des gens et des professions qu’on côtoie ! » Et Jean R. d’ajouter: « nous croisons des élus, des notaires, des avocats, des architectes, et j’en passe ! Nous nous confrontons vraiment à tous les milieux sociaux ! »

Mardi de l'emploi : géomètres
« Être géomètre, ce n’est pas seulement prendre des mesures »

Rares sont ceux qui ont affaire à un géomètre dans leur vie

De nombreux plans sont entassés dans leur cabinet. S’ils passent de longues heures à les élaborer, assis à leur table de travail, les deux associés passent également beaucoup de temps sur le terrain. Et c’est ce double aspect du métier qui leur plaît.

« Malheureusement, on nous réduit toujours à un ensemble de stéréotypes, constate Jean-Paul R. Pourquoi ? Tout simplement car très peu de personnes rencontrent un géomètre dans leur vie. Seuls les propriétaires fonciers sont concernés. Et encore… En principe, ils ne nous voient qu’une seule fois. A partir de là, les gens ont tendance à faire des amalgames entre les géomètres, les métreurs et les topographes. Souvent, ils ne savent même pas à qui ils ont affaire ! »

Charlotte Landru-Chandès

Photos: Christophe Masson (Journal du Centre)