Tout petits et déjà bilingues

Les crèches bilingues sont en plein essor. Ces lieux pour les petits, destinés à les familiariser aussi bien avec le français qu’avec l’anglais, fleurissent à travers la France. Grenoble, Lyon, Montpellier, Nantes, Lille, Paris et ses environs, les crèches bilingues sont partout. Strasbourg en possède deux et une troisième a ouvert Place des Halles le 4 avril dernier, sous l’affluence de la demande et la longueur des listes d’attente. Explications du phénomène.

 

Ils ont entre deux et quatre ans. Le groupe des « grands » de la crèche parentale Giving Tree située rue du Jeu de Paume à la Krutenau, revient d’une sortie pendant que le groupe des « petits » âgés de six mois à deux ans, finit le déjeuner. Parmi eux, deux accompagnantes. L’une s’adresse aux enfants en français tandis que l’autre s’exprime dans un anglais parfait. Peu de mots peuvent se distinguer du brouhaha émis par les enfants mais ils semblent tous réceptifs aux deux langues. « Parmi le personnel de la crèche il y a des professionnels francophones et des professionnels anglophones ayant l’anglais pour langue maternelle » , explique Caroline Schlaefli, éducatrice de jeunes enfants. « Chacun s’adresse aux bambins dans sa langue, ce qui leur permet de se familiariser avec celle-ci ». Le but n’est pas d’apprendre l’anglais aux vingt-deux enfants de la crèche, mais de leur transmettre une double culture et d’habituer leur oreille à la langue de Shakespeare.

A Cherry Tree, la micro-crèche située au 17 rue de la Toussaint en plein centre de Strasbourg, le concept est le même mais l’effectif est volontairement plus restreint.  « Ici on accueille dix enfants maximum », indique Elie-Laurent Lago, responsable de la structure. « Avec moins d’enfants on peut faire un travail de qualité ».

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Une continuité entre la maison et la crèche

Le but des deux structures, c’est que les enfants s’y sentent comme à la maison. « Notre objectif est d’aller plus loin que le simple je fais garder mon enfant », confie Elie-Laurent Lago. « La crèche est un lieu d’éducation où se poursuit le rythme entamé à la maison. » Pour cela, Cherry Tree adapte chaque activité en fonction du rythme de l’enfant : « Si le petit a l’habitude de faire une sieste chez lui à 15h, il la fera à la même heure à la crèche, alors que son voisin la fera à 13h. Peu importe que les enfants ne fassent pas tous la sieste en même temps, du moment que leur rythme n’est pas altéré », indique le responsable. La pédagogie s’articule donc autour de la méthode de Maria Montessouri. « L’idée principale est que l’enfant est un individu autonome et que les animateurs de la crèche sont là pour accompagner au mieux son développement ». D’où un programme sur mesure mis en place par Cherry Tree  qui accueille des petits de dix semaines à quatre ans.

A Giving Tree , ce prolongement entre la maison et la crèche se fait à travers l’implication des parents dans la vie de la structure. « Ils assurent une permanence de 3h30 par semaine pendant laquelle ils font les taches ménagères, la cuisine, s’occupent des ateliers ou accompagnent les enfants en sortie », explique Caroline.

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Un phénomène de mode qui répond à un besoin

« Pour moi, les crèches bilingues sont un phénomène de mode car elles se multiplient très rapidement », confie une jeune animatrice à Cherry Tree  pendant l’atelier lecture. Le responsable affirme de son côté que ces crèches répondent à un besoin évident : « Il est indispensable de nos jours de savoir parler anglais. Les parents veulent que leur enfant acquière une base de vocabulaire ainsi que des prédispositions pour la langue car ils savent que ça peut devenir un atout déterminant dans le futur. » Il ajoute à cela que dans certains cas, les parents sont des anciens expatriés qui veulent permettre à leur enfant de maintenir le niveau d’anglais obtenu à l’étranger. Enfin, certains enfants issus de familles étrangères parlent anglais et peu, voire pas français : « A Giving Tree, certains de nos petits sont anglais, américains ou canadiens mais aussi russes, polonais et roumains. Ils parlent donc mieux l’anglais que le français », indique Caroline avant de conclure : « Strasbourg est la capitale européenne tout de même. On se doit d’être bons en anglais. »

Avec le succès des crèches bilingues anglais-français, les crèches développant d’autres langues se multiplient. Lyon possède une crèche francais-italien nommée Tiramisu, l’Alsace regorge de crèches franco-allemandes à l’image de Ratz-Fatz, Toulouse possède La tour de Babille, une crèche mélangeant le francais, l’anglais, l’allemand mais aussi l’espagnol et Paris a même Bellot, une crèche francais-mandarin !

Valentine Lebœuf

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